Défense des terres de la Prévalaye à Rennes

, par Attac France

Un article du Comité local Attac Rennes (35)

​La Prévalaye est un site de 450 hectares à l’ouest de la ville de Rennes. C’est une réserve de biodiversité, un espace de loisirs et de ressourcement. Certaines terres sont fertiles et permettraient le développement d’une agriculture de proximité, quelques projets y sont déjà implantés. Des associations et collectifs rennais dénoncent les aménagements urbains imposés par Rennes Métropole qui fragilisent le site et créent des conflits d’usages. Depuis septembre 2020, le comité local d’Attac Rennes et l’inter-organisation écologiste rennaise ont rejoint ces associations pour la sauvegarde de la Prévalaye, afin de s’opposer plus particulièrement au projet du Stade Rennais Football Club de s’étendre sur 8 hectares de terres, dont une partie est propice à l’agriculture.

La Prévalaye est un site de 450 hectares aux abords de la ville de Rennes et lui appartenant. Cet espace classé en zone naturelle d’intérêt écologique est constitué de prairies, de bocages, de surfaces boisées et de zones humides. Une partie de cet espace est cependant totalement artificiel, remanié par la main de l’homme au 19e siècle pour des activités industrielles.
Aujourd’hui, la Prévalaye est néanmoins un habitat favorable à de nombreuses espèces, dont certaines sont protégées (crapauds, salamandres…). Cet espace est également un îlot de fraîcheur, un puits de carbone et permet l’infiltration des eaux pluviales. La Prévalaye est aussi un lieu à vocation agricole, connu dès le 19e siècle pour ses légumes et son beurre. Aujourd’hui, y sont implantés des jardins familiaux et des projets d’agriculture alternative (permaculture et agroécologie). Enfin, c’est un lieu de ressourcement et de loisirs pour les Rennais.es.
La Prévalaye est aujourd’hui doublement menacée : par les aménagements urbains de la Métropole en zone de loisirs et par le projet d’extension du centre d’entraînement du Stade Rennais Football Club appartenant à M. Pinault (SRFC) sur 8 hectares, dont une partie de terres fertiles.

Le projet d’aménagement s’est déjà traduit concrètement, entre autres aménagements (skate-park, buts de foot et paniers de frisbee dans les prairies…), par la création d’une piste de glisse bitumée de 4 km dont une portion d’1 km est considérée particulièrement problématique pour la faune et la flore environnantes. Les associations environnementales consultées par la municipalité avant le début des travaux recommandaient d’éviter absolument cette portion, point de passage de salamandres, espèce protégée. Elles n’ont pas été écoutées. La création de cette piste augmente le flux de personnes et la vitesse de circulation, ce qui fragilise le milieu et exacerbe les conflits entre usager/ères.
Le Stade Rennais possède ses terrains d’entraînement à la Prévalaye et souhaite s’étendre. Le projet d’extension du centre de formation du SRFC Stade Rennais convoite des terres fertiles où pourraient être développés des projets d’agriculture alternative afin d’améliorer la résilience alimentaire de la ville tout en préservant l’environnement. De plus, le projet se fait dans l’opacité la plus totale et menacerait d’expulsion certains jardins familiaux situés à proximité.

Depuis plus de 2 ans, le Collectif de Sauvegarde de la Prévalaye milite pour la défense de cet espace et demande notamment la remise en l’état antérieur de la piste bitumée. En septembre 2020, avec l’annonce par le Stade Rennais de sa volonté de s’étendre, l’inter-organisation écologiste rennaise, dont notre comité local fait partie, a décidé de rejoindre et de soutenir le Collectif dans la défense de ces hectares de terres.

Nous avons organisé, dimanche 10 janvier 2021, un rassemblement sur le site pour réaffirmer la vocation d’espace naturel et paysanne de la Prévalaye.
Des actions d’« artivisme », actions utilisant l’Art comme vecteur de contestation, ont été mises en place, pour commémorer les victimes (faune et flore) des réalisations du projet « Vallée de Vilaine-Aval ». Un arbre pétrifié symbolisant l’urbanisation des espaces naturels a été érigé près de la piste de glisse bitumée. Un cimetière de biodiversité a été planté par les participant.es au rassemblement. On pouvait lire sur les croix tombales le nom des espèces disparues du fait des aménagements touristico-ludiques imposés par Rennes Métropole : orchidées sauvages, bardane, etc.… La piste bitumée a été redécorée, au pochoir de façon participative, de plusieurs messages : « Extension du Stade Rennais – Extinction de la Biodiversité », « Sauvons les salamandres », « Ni CO2, ni écocide ». Le rassemblement s’est aussi matérialisé autour d’une cantine populaire à prix libre, d’un concert de jazz manouche depuis le tracteur de la Brigade d’Intervention Champêtre et d’un info-kiosque sur les enjeux de l’artificialisation des terres. Enfin, une partie de foot a été organisée pour le défoulement et la joie de toutes et tous, loin de enjeux du foot business.

Avec la dizaine d’organisations rennaises rassemblées autour de cet enjeu, nous prévoyons d’autres actions dans les semaines et mois à venir, pour que la Prévalaye devienne un espace de préservation des écosystèmes, d’agriculture péri-urbaine, de ressourcement (plutôt que de loisirs de masse aménagés), pour que ces terres soient considérées comme un bien commun non privatisable ni marchandisable et qu’elles soient gérées démocratiquement par un collectif d’habitant.es avec la collectivité territoriale.