Une stratégie d’action locale à repenser
Un article du Comité local Attac Pays Malouin – Jersey
Brexit, Crise sanitaire, offensive de privatisation des biens communs et de l’accès au bord de mer, pollution, politique locale sécuritaire. Le comité local Attac Pays malouin Jersey doit faire évoluer ses modes d’action.
Notre groupe est né en 1998 de la volonté de personnalités locales, pour l’essentiel des lectrices et des lecteurs, voire des Ami(e)s, du Monde Diplomatique, ou des membres d’Amnesty, mais l’évènement fondateur a été l’Opération Étonnants Paradis à l’été 2001, en collaboration avec Attac France et des comités locaux de la région Saint-Brieuc, Caen, Cherbourg, Rennes… 200 manifestants et cinquante journalistes venus de toute l’Europe (Allemagne, Italie, et même Pologne), une loi spéciale pour nous encadrer, avec des forces spéciales qui avaient servi contre les émeutes en Irlande du Nord et en Écosse contre la poll-tax de Mme Thatcher quelques années auparavant. Ce combat se poursuit depuis, grâce au courage sans faille de nos adhérent.e.s jersiais.e.s, avec plusieurs actions marquantes en septembre 2014 avec 2 journées de séminaire à Jersey et à Saint-Malo, décembre 2017 à l’occasion du déménagement du siège d’Apple d’Irlande à Jersey. C’est sur cette base, la dénonciation des paradis fiscaux, que notre comité a construit sa légitimité. À ce titre il suit de très près la situation nouvelle créée par le Brexit1, et la volonté des autorités jersiaises de maintenir le statut de paradis fiscal dans le nouveau contexte qui l’obligera à se déterminer par rapport à celui de la City.
Pour Attac Pays malouin-Jersey, associer problématique nationale ou internationale et ancrage local est une nécessité, afin de tisser des liens au sein du mouvement social local. La sociologie de la Côte d’Émeraude présente des inégalités profondes entre stations balnéaires haut de gamme, catégories populaires marginalisées et espaces ruraux ou domine l’agriculture productiviste, ce qui conduit à un émiettement des capacités de résistance au mouvement de fond du néolibéralisme, relayé par une politique municipale bienveillante. Plusieurs secteurs attestent des ravages qu’il provoque en termes de privatisation de l’accès au rivage par la toute-puissance des groupes immobiliers et de la finance, tentatives d’appropriation des biens communs, pollution de l’air par l’industrie chimique, le tout relayé par une presse locale discrètement complaisante.
La situation actuelle questionne l’efficacité de notre action. Les liens avec les adhérent.e.s se distendent du fait de l’absence de réunions en présentiel. Nos initiatives en matière d’éducation populaire et de contacts avec la population sont réduites à peu de chose du fait de la crise sanitaire. La question d’un changement de stratégie se pose.
Le comité a depuis longtemps été à l’origine de la création de collectifs sur des objectifs précis (Dette, solidarité Grèce…) qui ont fonctionné un temps et ont cessé d’exister. Depuis un an, le comité s’est engagé dans la construction de convergences avec les forces syndicales, associatives et politiques locales. Elle s’est concrétisée par la création d’une coordination qui regroupe une dizaine d’organisations. Son objectif est de disposer d’une instance permanente d’expression qui puisse rendre visible et audible l’existence d’une structure d’opposition, de réflexion et de propositions alternatives à l’orientation résolument néolibérale des politiques locales. Le refus des lois et décrets liberticides est actuellement un moteur puissant dans l’organisation d’actions communes, mais il faudra sans tarder assurer la crédibilité de la coordination en se faisant entendre sur d’autres sujets.
Note : L’autre conséquence du Brexit est l’apparition de vives tensions dans le secteur de la pêche du fait des incertitudes dans la mise en place d’un accord qui laisse une large place à l’interprétation et aux contentieux. Et ceci impacte gravement l’activité des ports bretons et normands.
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