Atelier 2 : « Souffrance au travail et résistance »

Il a été dit que :

  • on peut distinguer la souffrance physique (empoisonnement par les pesticides, les radioéléments, les nanoparticules…) et la souffrance psychique (harcèlement, épuisement…) ;
  • à la souffrance au travail s’ajoute la souffrance des chômeurs ;
  • la précarité et la pénibilité sont des composantes de cette souffrance ;
  • il y a une invisibilité de la souffrance qui est un facteur d’aggravation ;
  • il y a actuellement une généralisation de cette souffrance à l’ensemble du monde du travail ;
  • pour lutter, il est difficile de passer du particulier au collectif ;
  • les ateliers de parole apportent un réconfort certain mais passager car après l’atelier il faut revenir au travail ;
  • la ’’dématérialisation ’’ du travail lui-même (par la généralisation de l’informatique) est une cause importante de souffrance ;
  • l’attaque faite aux métiers eux-mêmes est aussi un facteur important de souffrance ;
  • de même que la perte de capacité de bien faire son métier qui en est la conséquence ;
  • par peur (des représailles, du chômage…), les personnes souffrantes s’opposent à la médiatisation de celle-ci.

Du côté patronal, la réaction repose sur :

  • la « psychologisation » et l’individualisation des problèmes en disant que si la personne en cause souffre, ce n’est pas à cause du travail mais parce qu’elle souffre de problèmes psychologiques qui lui sont propres ;
  • la multiplication des structures d’aide psychologique qui permettent de dire « on s’en occupe, tout va bien ».

En ce qui concerne les solutions, il a été dit :- que l’inspection du travail était d’une aide précieuse (mais très attaquée bien sûr) :

  • qu’il fallait suivre la jurisprudence pour faire évoluer la législation ;
  • qu’il est important de se poser certaines questions comme : qu’est-ce qui ne va pas entre nous au travail ? qu’est-ce que faire du bon travail ? Qu’est-ce qu’ensemble faire du bon travail ? ;
  • qu’il faut réfléchir aussi à la possibilité de sortir d’une attitude syndicale négative de résistance qui consiste à demander le plein emploi pour s’orienter vers une attitude offensive consistant à revendiquer un salaire à vie permettant d’accéder au travail désaliéné.

L’atelier s’est terminé sur le constat que les luttes sont assez souvent gagnantes, qu’elles ne sont donc pas perdues d’avance et qu’il faut donc absolument continuer.

Rappel de la présentation de l'atelier

Contexte

La souffrance au travail, si elle a toujours existé, se généralise de façon inquiétante, tant dans le secteur privé que maintenant dans tous les services publics frappés par les suppressions de postes, les exigences de rentabilité impossibles à tenir, les coupes budgétaires. Elle devient le lot commun des salariés, culpabilisés individuellement et montés les uns contre les autres, et dont les hiérarchies imposent en cascade du haut en bas de la chaîne de responsabilité harcèlement, surcharge de travail, reproches et compétition. Alors que les burn-out et les suicides augmentent, les résistances et les luttes restent fragmentées, difficiles. Or si l’on vend sa force de travail, la santé n’est pas à vendre.

Objectif

L’atelier exposera les efforts menés depuis sa création en février 2011 par le réseau de lutte Stop Stress Management, ouvert à tous, et par ses partenaires, pour diffuser les droits, les outils de défense des salariés en souffrance, les exemples de luttes réussies, et pour faire avancer la jurisprudence sur le harcèlement et la santé au travail.

Déroulé

Partie 1

  • Echange d’expériences et de vécus de souffrance au travail et de résistances, l’objectif de ce réseau étant de donner en priorité la parole aux salariés, devant experts et chercheurs, ceux-ci étant associés
  • Exposé des outils juridiques de défense et exposé sur des luttes réussies
  • Présentation des avancées du réseau Stop Stress Management et de ses partenaires

Partie 2

  • Quelle stratégie collective, intersyndicale et inter-associative, élaborer pour faire respecter le droit à la santé au travail ?
  • Quelles campagnes médiatiques et juridiques mener ?
  • Comment multiplier les alliances dans ce combat ?

Bibliographie

  • Bauman Z. (2000), Liquid Modernity. Cambridge, Polity Press
  • Beaujolin R. (1999), Les vertiges de l’emploi. L’entreprise face aux réductions d’effectifs,
  • Paris : Grasset.
  • Beaujolin R. (2010), “Les restructurations dans les grandes entreprises : entre quête de
  • liquidité, enfermements et résistances », in Palpacuer, F., Leroy, M. et Naro, G. (coords.)
  • Management, mondialisation, écologie : regards critiques en sciences de gestion, Ed. Hermès
  • Sciences, Coll. Traité Technologies et Développement Durable, chapitre 5 : 117- 136.
  • Burgi N., M. Crinon, S. Fayman (2008), « De l’art de programmer la maltraitance au travail »,
  • report prepared for the Observatory of Stress and Forced Mobility, France Telecom, Octobre
  • 2008.
  • Dejours C. (2000), Souffrance en France, Seuil, Paris.
  • Delgenes J.-C. and Chenais M. (2009), “France Telecom : État des lieux sur le stress et les
  • conditions de travail”, Technologia, December 14.
  • Durand J.-P. (2000), Combien y a-t-il de souffrance au travail ? Sociologie du Travail
  • Vol. 42, Issue 2, April : 313-322.
  • Guerrier P. (2009), “Crozier (CFE-CGC/UNSA - France Telecom) : le sentiment d’inutilité
  • sociale augmente au sein du groupe”, September 29 ; http://www.itespresso.fr/s-crozier-cfecgcunsa-
  • france-telecom-le-sentiment-dinutilite-sociale-augmente-au-sein-du-groupe-
  • 31669.html, dernier accès le 22 décembre 2009.
  • 23
  • Castel R. (1995), Les métamorphoses de la question sociale. Paris : Gallimard
  • Courpasson D. (2000), L’action contrainte. Organisations libérales et domination. Paris :
  • Presses Universitaires de France
  • Courpasson, D. (2006) « L’organisation contemporaine est une domination souple », in
  • Molenat, X., Aubert, N., Bauman, Z., Bidard, C. et alii (coord.), L’Individu contemporain.
  • Regards sociologiques, Auxerre : Sciences humaines éditions, p. 305.
  • Crozier M. (1989), L’entreprise à l’écoute Apprendre le management post-industriel. Paris :
  • Interédition.
  • Décaudin J.M, Igalens J. (2009), La communication interne- Stratégies et techniques. Paris :
  • Dunod.
  • Dejours C. (2000), Souffrance en France. Paris : Seuil.
  • De Gaulejac V. (2005), La société malade de la gestion, idéologie gestionnaire, pouvoir
  • managérial et harcèlement social. Paris : Seuil.
  • Delgenes J.-C., Chenais M. (2009), “France Telecom : État des lieux sur le stress et les
  • conditions de travail”, Technologia, 14 décembre.
  • Decèze D. (2004), La machine à broyer. Quand les privatisations tuent : France Télécom.
  • Paris : Jean-Claude Gawsewitch.
  • Dore R., B. Lazonick M. O’Sullivan (1999), “Varieties of Capitalism in the Twentieth
  • Century”, Oxford Review of Economic Policy, 15. 4 : 102-120
  • Du Roy Y. (2009), Orange stressé, le management par le stress à France Télécom. Paris : La
  • Découverte.
  • Durand, J.-P. (2000), Combien y a-t-il de souffrance au travail ? Sociologie du Travail, 42 :
  • 313-322.
  • Friedman, M., (1982), Capitalism and freedom, University of Chicago Press, Chicago, first
  • edition 1962.
  • Freeman, E. and McVea, J. (2001), “A Stakeholder Approach to Strategic Management”. In
  • Hit, M., Freeman, E. and Harrison, J. (eds.) Handbook of Strategic Management. Oxford :
  • Blackwell Publishing.
  • Guerrier P. (2009) “Crozier (CFE-CGC/UNSA - France Telecom) : le sentiment d’inutilité
  • sociale augmente au sein du groupe”, September 29 ; http://www.itespresso.fr/s-crozier-cfe24
  • cgcunsa-france-telecom-le-sentiment-dinutilite-sociale-augmente-au-sein-du-groupe-
  • 31669.html, dernier accès le 22 décembre 2009.
  • Goyer M. (2001), « Corporate Governance and the innovation System in France », Industry
  • and Innovation, 8.2 : 135-158
  • Henderson, D., (2001), Misguided virtue : false notion of corporate responsibility, The Institut
  • of Economic Affairs, London.
  • Henriet B.and Boneu F. (1990), Audit de la communication interne. Paris : Editions
  • d’Organisation
  • Laufer R. and Burlaud A. (1980), Management public – Gestion et Légitimité. Paris : Dalloz.
  • Lorino, P. (2005) “L’horreur gestionnaire ? La schizophrénie du discours entrepreneurial”, in "
  • in Le Roy F. and M. Marchesnay (eds.) La responsabilité sociale de l’entreprise : mélanges en
  • l’honneur du Pr. Roland Pérez, Ed. Management et Société, 219-231.
  • Morin F. (2000), “A transformation in the French model of shareholding and management”.
  • Economy and Society, 29.1 : 36-53.
  • Minella A.-M. (2009), Management par le stress à France Télécom.
  • http://www.observatoiredustressft.org/index.php/le-management-par-le-stress-a-francetelecom,
  • dernier accès le 7 janvier 2010
  • Perrow C. (1972), Complex Organizations : A Critical Essay. McGraw-Hill Publishers.
  • Pezé M. (2009), Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. Paris : Editions Pearson
  • Plihon D. and Ponssard J. P. (2002), Montée en puissance des fonds d’investissement. Paris :
  • La Documentation Française
  • Polanyi K. (1944), The great transformation. New-York : Farrar, Rinehart & Co
  • Schmidt V. (2003), « French Capitalism Transformed, yet still the Same », Economy and
  • Society. 32.4 : 526-554
  • Schwebig P. (1991), Les communications de l’entreprise, au-delà de l’image. Paris : Mc
  • Graw Hill.
  • Supiot A. (1994), Critique de droit du travail. Paris : Presses universitaires de France
  • Vatin F. (sous la dir.), (2007), Le salariat - théories, histoires et formes. Paris : la Dispute.
  • Vercher, C. (2010) « La gestion des cadres dans la firme mondialisée : entre l’angélisme des
  • discours humanistes et le cynisme des pratiques instrumentales ? » in Palpacuer, F., M. Leroy
  • 25
  • et G. Naro (coord.) Management, Mondialisation, Ecologie : regards critiques en sciences de
  • gestion, Ed. Hermès Sciences : 137-158.
  • Verkindt P-Y (2007), « Jusqu’où ira-t-on dans l’individualisation des rapports sociaux ? », Le
  • Monde, le 16 octobre
  • Théry L. (2006), Le travail intenable. Résister collectivement à l’intensification du travail
  • Paris : La Découverte, coll. « Entreprise et Société »