Réussir ses réunions publiques
Quand on organise une réunion publique, il faut penser le fond, la forme, le pourquoi, le pour qui, et bien d’autres choses encore...
L’objet et les objectifs de la réunion publique
Quel est l’objet de la réunion ? C’est une première question.
Quel est son objectif : à quoi doit-elle nous être utile collectivement ? C’est là une seconde question qu’on oublie très souvent de se poser.
Une réunion peut par exemple avoir comme objectif(s) :
– D’apprendre des choses, de mieux comprendre un sujet
– De réfléchir ensemble à des actions concrètes à réaliser
– De créer du lien avec d’autres personnes, d’autres militantes, d’autres organisations ; de développer la capacité à agir ensemble
– De recruter des gens pour nos actions, afin qu’ils nous rejoignent sur nos bases et s’engagent avec nous
Une réunion publique peut vouloir répondre à l’un ou à plusieurs de ces objectifs. Son contenu, son déroulé et sa forme dépendront des objectifs que nous voulons atteindre.
Café-débat : mener une réflexion sans la présence d’une experte
On peut organiser un café-débat : réserver si possible une salle permet d’organiser une réunion publique dans un cadre convivial, sur un mode moins "descendant" qu’une conférence classique. C’est un format particulièrement pertinent pour recevoir 15 à 30 personnes.
Proposition de protocole réalisée pour la campagne autour des élections européennes :
- Choisir un bar-café, desservi par les transports en commun, avec si possible une partie réservable sans frais, à l’écart du bruit. Favoriser des horaires autour de 19h afin qu’un maximum de public puisse venir. Choisir un thème à aborder, pour cela vous pouvez vous servir des fiches misent à disposition sur Vie Interne.
- 5 minutes : Au début de la réunion, introduction de la réunion et du thème par l’animateur ou l’animatrice (une personne de votre comité local). Cette introduction présentera le comité local, ainsi que la campagne d’Attac “Décrypter et désobéir”.
- 15-20 min : Un des membres du comité local introduit le thème général, afin de poser les bases du débats, avec des arguments et les chiffres essentiels, afin d’ouvrir différents axes de travail. Distribution de post-it, avec la proposition pour le public de prendre des notes.
- 10 min : Débrief, où chaque participant.e marque sur un post-it ce que le thème lui inspire, y compris les questions qu’il/elle se pose, les enjeux soulevés par l’introduction. Faire des groupes entre post-it, trouver des liens dans les réflexions entre participants, en les intégrant dans la réflexion. Détermination de groupes en fonction de sujets/problématiques qui ont été soulevé durant le débrief. A voir combien de groupes en fonction du nombre de personnes présentes.
- 30 min : Répartition en groupes afin de réfléchir aux enjeux soulevés par leurs sujets/problématiques.
- 30 min : Mise en commun en plénière, avec débats. 2 minutes par intervention. Gestion des tours de parole en triple liste (une personne qui lève la main pour demander la parole est inscrite sur la liste ; une personne qui ne s’est pas encore exprimée est prioritaire sur une personne qui a déjà parlé ; les femmes et les jeunes (par exemple : à définir par vous en fonction des inégalités effectives dans les prises de parole) sont prioritaires sur les autres, sauf s’ils ont déjà parlé auquel cas ils sont inscrites de façon indifférenciée).
- 10 min : Et maintenant qu’on a eu ce débat d’idées, que fait-on concrètement ?
Objectif : transmission de savoir
Si l’objectif est d’apprendre des choses, probablement qu’on aura besoin qu’une spécialiste du sujet vienne nous apporter des éléments.
Dans ce cas, la façon classique est de considérer cette personne comme une professeur, de l’inviter à nous faire un exposé, et de lui poser ensuite nos questions.
Mais nous pouvons aussi choisir de considérer cette personne comme une ressource pour nos actions et nos mobilisations : dans ce cas, nous avons des demandes précises à lui faire, nous chercherons à nous enrichir de ses connaissances, de ses analyses et de ses points de vue.
Proposition de forme à adapter selon vos convenances :
- 10 minutes : introduction de la réunion et du thème par l’animateur ou l’animatrice (une personne de votre comité local). Cette introduction présentera les objectifs de la réunion (cf. précédemment), décidés collectivement. Présentation de l’intervenante par l’animateur ou l’animatrice : ses références, pourquoi nous l’avons invitée lui ou elle, et ce que nous allons lui demander.
- 10 minutes : temps en groupes de 3 à 5 personnes. Chaque groupe échange sur le thème de la réunion, dans le but de poser 1 à 3 questions à l’intervenante (ces questions doivent être des questions, pas des réflexions sur l’état du monde...).
- Tour des questions des groupes. 1 minute par question.
- 30 à 45 minutes : intervention de la personne invitée, laquelle tâchera de s’adapter aux questions posées.
- 15 minutes : nouveau temps en groupes de 3 à 5 personnes pour échanger et s’approprier ce qui a été dit par la personne invitée. S’assurer de ce que nous avons compris, identifier nos éventuelles incompréhensions ou désaccords. Ce temps d’appropriation est important pour faire en sorte que les savoirs qui viennent de nous être transmis puissent nous être utiles dans nos actions. Chaque groupe peut préparer 1 à 3 interventions à faire en plénière (chaque intervention devra être faite par une personne différente du groupe).
- Tour des interventions des groupes. 3 minutes par intervention.
- 15 minutes : réponses de l’intervenante.
- 30 minutes : débat général. 2 minutes par intervention. Gestion des tours de parole en triple liste (une personne qui lève la main pour demander la parole est inscrite sur la liste ; une personne qui ne s’est pas encore exprimée est prioritaire sur une personne qui a déjà parlé ; les femmes et les jeunes (par exemple : à définir par vous en fonction des inégalités effectives dans les prises de parole) sont prioritaires sur les autres, sauf s’ils ont déjà parlé auquel cas ils sont inscrites de façon indifférenciée)
- 10 minutes : conclusion : et maintenant qu’on a eu ce débat d’idées, que fait-on concrètement ?
Trop souvent, nous nous quittons ravies d’avoir eu des discussions intéressantes, mais sans perspectives pour Que faire maintenant ? Nous rentrons chez nous satisfaites d’avoir renforcé nos connaissances, nos convictions, mais sans nous être donné les moyens de les mettre collectivement en application. Si un autre temps est prévu pour cela, alors tant mieux. Mais sinon, quel dommage...
Objectif : passer à l’action et créer de l’engagement
Si l’objectif est de passer ensemble à l’action et de créer de l’engagement collectif, alors il faut prévoir un déroulé de réunion publique qui permette et favorise cela.
Ainsi, il est probablement utile d’avoir déterminé, lors de la préparation de la réunion, quels sont les espaces d’engagement possibles. De cette manière, on pourra lors de la réunion organiser un temps par espace d’engagement (prévoir par exemple 30 à 45 minutes pour cela en fin de réunion) :
– "Celles et ceux qui sont intéressées par le fait d’agir sur les réseaux sociaux (par exemple) peuvent aller à cette table qui sera animée par telle personne du comité local"
– "Celles et ceux qui veulent prévoir une animation pour la manifestation de dimanche prochain (par exemple) peuvent aller à cette table qui sera animée par telle autre personne du comité local"
– "Celles et ceux qui veulent contribuer à l’écriture du tract (par exemple)..."
– Etc.
– On peut aussi prévoir une table au thème libre pour des idées qu’apporteraient les participantes
Si l’objectif de la réunion est de favoriser l’engagement, alors autant ne pas remettre cet objectif à plus tard, et provoquer l’engagement directement pendant la réunion. Ensuite les personnes seront évidemment libres de continuer ou non avec le groupe auquel elles auront contribué pendant la réunion, mais au moins elles auront commencé à travailler ensemble, ce qui doit les encourager à continuer (si tout s’est bien passé !).
La mobilisation
Comment faire venir du monde à votre réunion publique ?
Affiches, tracts, mails sont des moyens d’information : ils informent les personnes intéressées que quelque chose va se passer.
Ce ne sont pas des moyens de mobilisation. Mobiliser, c’est aller vers des personnes qui a priori ne seraient pas venues. Et c’est loin d’être simple.
Pour mobiliser, vous pouvez par exemple essayer d’identifier quelles sont les organisations, associations, qui s’intéressent au sujet que vous traitez, et leur passer un coup de fil pour les informer et leur demander de relayer l’information.
De manière générale, la mobilisation est plus facile quand elle est associée à l’implication : cela doit nous encourager à penser nos actions avec les personnes que nous visons, et nous pas pour elles. Cela n’est pas simple et prend plus de temps, mais vaut certainement le coup si notre objectif est réellement de mobiliser au-delà de nos habituées.
L’accueil
L’accueil est important, et n’a rien d’évident. Prévoyez un buffet d’accueil : ne le réservez pas pour la fin de la réunion, car l’état d’esprit d’un moment collectif doit se créer au début de ce moment.
Désignez une ou plusieurs personnes parmi vous pour accueillir formellement les gens qui arrivent. Dire bonjour, demander "Comment vous avez su qu’il y avait cette réunion ce soir ?" (ça servira pour les prochaines !), "Vous faites partie d’une organisation ?", demander les coordonnées de la personne (prévoir et imprimer en amont une fiche contact) pour pouvoir l’informer des suites, etc.
Et après ?
Après la réunion publique, ce n’est pas terminé. C’est une autre phase qui commence. La première chose peut être d’envoyer un e-mail à toutes les personnes qui ont été présentes, avec le compte-rendu de la réunion, et avec des propositions pour la suite (prochaines réunions publiques, prochaines actions, invitation aux prochaines réunions du Comité local, proposition à se rencontrer autour d’un café pour discuter des envies d’engagement de chacune...). Un coup de fil est encore mieux : ce n’est pas évident de prendre le temps, mais c’est souvent très intéressant et efficace.
Partagez vos pratiques / Sollicitez un soutien
Il existe d’innombrables formes pour les temps de travail collectif, que nous ne pouvons pas lister ici, d’autant que la forme ne peut se penser que quand on est claires sur l’objectif poursuivi.
N’hésitez pas à partager vos pratiques avec nous et les autres comités locaux. Vous pouvez également nous solliciter si vous souhaitez discuter de l’organisation de vos réunions publiques.
– Commission Animation-formation
– Adeline de Lépinay, responsable de l’appui au réseau militant pour Attac France
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