Réinvestir la question religieuse pour défendre la liberté d’expression et de conscience

Les assassinats de janvier nous replongent quelque peu dans l’ambiance du 19e, quand les mouvements progressistes dont nous sommes les héritiers devaient lutter contre l’emprise de l’Église dans les institutions comme dans les têtes.

Alors que nous croyions en France la question religieuse réglée, voici qu’elle reparaît dans l’espace public. Par exemple, l’utilisation récurrente de termes tels que mécréant ou blasphème comme les tentatives de catholiques intégristes de faire interdire et de perturber des films, des pièces de théâtre, etc., nous ramènent subrepticement mais sûrement quelques siècles en arrière…

Alors que ce n’est pas le cas de ceux des croyants qui défendent la liberté d’expression et de conscience, les intégristes religieux tentent partout et toujours d’imposer à l’ensemble de la société, au besoin par la violence, les dogmes et interdits auxquels ils ont fait le choix de se soumettre (en matière culturelle, alimentaire, sexuelle…).

Face à cela, Attac n’est guère outillé, privilégiant les facteurs socio-économiques et géopolitiques. Nous avons tellement oublié ce qu’est la puissance de la religion que nous avons oublié sa fonction opium du peuple.

L’absence de prise en compte à Attac du fait religieux dans les tentatives plus ou moins réussies d’imposer un ordre moral – notamment à une part importante de la population française fragilisée par les politiques d’austérité – ne nous permet pas de lutter efficacement contre cet ordre moral, pour la liberté d’expression et de conscience, le droit de chacun à la sexualité de son choix, etc., contre tous les terreaux du fondamentalisme et de l’obscurantisme.

Le fondamentalisme religieux est un projet politique qui a la particularité de s’appuyer sur une religion, un dogme, une idéologie de fait. De ce point de vue la liberté de critique de toute religion n’est pas négociable. De même que nous tentons de comprendre le projet politique du Front national pour lutter contre ses visées, nous devons tenter de comprendre les projets politiques des fondamentalistes religieux et le rôle de la religion dans ces projets pour les contrer efficacement et pour donner à chacun les armes de son émancipation.

Altermondialistes, nous devons en outre être solidaires des progressistes où qu’ils soient, et notamment de tous ceux à qui la liberté de conscience est contestée.

Nous demandons donc qu’Attac réinvestisse la question religieuse en tant que facteur d’opposition des citoyens entre eux, de guerre, d’irrationalisme et de soumission. Il s’agit dans un premier temps de faire le point sur les connaissances du fait religieux, des idéologies et des méthodes intégristes, afin de disposer des éléments d’analyse nécessaires pour élaborer des positions réfléchies sur toutes les questions où la religion entre en jeu, par le biais d’une commission, de publications ou de séminaires.

Signataires

  • Jean-Michel Avramides (Alençon)
  • Simone Boisseau (Alençon)
  • Jean Brière (Rhône)
  • Jean-Michel Cosso (Alençon)
  • Christian Delarue (Rennes)
  • Frédéric Henry (Vosges du Nord)
  • Robert Joumard (Rhône)
  • Jeanne Parreau (Nord)
  • Sylvie Pillé (pays d’Aubagne)
  • Jacques Testart (Hauts-de-Seine)

Résolution soutenue par Attac pays d’Aubagne.

Décision du CA

Ce débat peut être très clivant dans Attac, et va bien au-delà des fondamentaux de l’association. Absence dans le texte de référence à la laïcité, à l’égalité homme/femme, qui serait plus dans l’esprit de l’association. Il apparait également que ce sujet ne peut être traité uniquement au sein de l’association, mais forcement avec des partenaires, ne serait ce que par le peu de militants investis sur cette question.
Enfin une réflexion est lancée dans l’association pour travailler, avec d’autres partenaires, sur les thématiques de liberté, des droits et de la laïcité.
Une partie de l’esprit de la résolution a été intégré dans le rapport d’orientation, la partie sur la religion à été rejetée.