Atelier n° 6 « France intégrée, France périphérique, pourquoi la “France périphérique” a-t-elle basculé dans le vote FN ? Que faire ? »
1 - Introduction
Les objectifs de cet atelier sont d’analyser les raisons de la progression du vote Front national et du faible score obtenu aux dernières élections tant municipales qu’européennes par les partis de gauche : faible pourcentage des inscrits, poids plus importants des abstentions, et proportion grandissante de votes FN, soit presque ¼ des votes exprimés, ce qui a fait du FN en de nombreuses régions le 1er parti.
Peut-on proposer des actions de luttes autres que des manifestations anti-FN ? Un mouvement d’éducation populaire comme Attac, qui est libéré des enjeux électoraux, doit s’interroger sans se contenter des résultats électoraux. Il nous faut être radical au sens où l’entendait Marx dans sa Critique de la philosophie du droit de Hegel : « Être radical, c’est prendre les choses par la racine ».
L’atelier a été préparé par Sylvie Pillé à partir de sa lecture du dernier ouvrage de Christophe Guilluy, La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion, 2014). Mais plusieurs géographes, sociologues, politologues se sont penchés sur la géographie du vote FN [1]. À peu de choses près, leurs observations convergent et les tendances qu’ils décrivent se renforceraient de vote en vote. On assisterait donc à une sédimentation du vote FN . Ce vote marquerait une évolution majeure, reflet des mutations économiques et sociales de l’espace français, double évolution non perçue selon eux par les dirigeants des partis politiques, exceptés ceux du FN : à savoir une fracture assez nette entre le vote des métropoles (villes centres et banlieues proches) et les zones plus éloignées de ces grands centres de population et d’attractivité économique.
« Jusqu’aux années 2000 tout allait bien, sorties des écrans radar des médias, les classes populaires n’existaient pas pour la classe politique »
2 – Présentation des nouvelles fractures des territoires
Le travail de Guilluy remet en cause le modèle défini jusque là tant par l’INSEE que par d’autres auteurs, dont Jacques Donzelot, distinguant : espace urbain/péri-urbain/rural. Christophe Guilluy décrit les moteurs de cette recomposition sociale des espaces.
Les métropoles
(P. 33) Les métropoles (P. 33), miroir des dynamiques économiques et sociales, génèrent près des 2/3 du PIB. Elles sont qualifiées d’idéopôles par les chercheurs en science politique Fabien Escalona et Mathieu Vieira, qui les définissent comme villes post-industrielles fondées sur l’économie de la connaissance. Ce sont selon eux, des « territoires gagnants » qui « concentrent plus qu’ailleurs les groupes sociaux pour lesquels la mondialisation est une source d’opportunités ou, tout du moins, ne représente ni une menace matérielle ni une menace identitaire ». L’INSEE y constate une sur-représentation des cadres et professions intellectuelles supérieures . Selon une note de l’INSEE de 2014, cité par C. Guilluy sur la période 2006 – 2011, les métropoles ont été préservées de la crise grâce à leur spécialisation dans l’emploi tertiaire. (+ 2.6% d’emploi dans la région parisienne, qui contribue pour 30 % de la production industrielle alors qu’elle ne réunit que 18 % de la population (emploi + 4.7 dans la métropole lyonnaise ...).
Or la hausse des prix de l’immobilier avec la venue en banlieue de ces classes supérieures a entraîné une éviction des classes populaires, obligées de déménager plus loin des centre-villes ou en péri-urbain éloigné.
Les banlieues
Les banlieues souffrent de difficultés mais seraient selon Guilluy intégrées et parties prenantes de l’économie mondiale, ce qui ne serait pas perçu par les politiques. Pour lui , on analyse encore les quartiers dits sensibles et au delà les quartiers populaires avec des critères du passé. Taux de chômage, de précarité ou de pauvreté n’auraient plus la même signification, car ces espaces ont changé de fonction. Les milieux populaires traditionnels (français d’origine ou d’immigrations anciennes) n’y cohabitent plus avec les immigrés. Ces espaces seraient devenus « sas « très attractifs entre populations venues des pays du Nord et des pays du Sud. Selon lui des dynamiques en œuvre dans la région parisienne en sont le signe (en particulier le 93).
Le clivage social tend de plus en plus à recouvrir un clivage ethnique. Et au regard des flux migratoires enregistrés sur ces territoires, les politiques publiques ne seraient pas les échecs que l’on évoque.
Le dernier rapport de l’ONZUS (Observatoire National des Zones Urbaines Sensibles) indique que 52,6% des habitants des ZUS sont désormais des immigrés venus récemment en France, dont 64 % en Île-de-France, ce qui traduirait moins un échec qu’une forte mobilité (départ des mieux insérés ou des plus diplômés vers d’autres parties de la métropole, plus centrales ou moins ségrégées. Les rares ascensions sociales aujourd’hui en milieu populaire seraient celles des jeunes issus de l’immigration mais nés en France.
Par ailleurs une étude de l’INSEE montre que de 2006 à 2010, période de faible création d’emploi, le taux d’emploi pour les hommes non immigrés baisse fortement alors que celui des hommes immigrés augmente , non pas du fait de discrimination positive mais du fait de la situation géographique. Les immigrés majoritairement concentrés dans les logements sociaux des grandes villes ont un accès aux zones d’emplois les plus actives du pays, contrairement aux ouvriers non immigrés qui habitent loin de ces zones actives (p. 42), après avoir quitté les banlieues populaires pour acheter en zone péri-urbaine éloignée. De ces espaces de banlieue proche des centres mais concentrant des couches populaires d’origine immigrée partent donc les classes moyennes : la diminution de la part des ouvriers et des employés des grandes villes n’est pas liée à leur disparition sociologique mais à leur éviction des espaces métropolitains.
Donc, pour Guilluy, dans le cadre de la mondialisation et d’une économie déterritorialisée, le marché de l’emploi s’adresse d’un côté aux plus qualifiés, de l’autre aux peu ou pas qualifiés. Cette polarisation de l’emploi provoque une recomposition sociale et démographique voire culturelle qui génère des espaces très inégalitaires, voire clivés entre les centres, y compris les anciens quartiers populaires, investis par les cadres et professions intellectuelles supérieurs, de la bourgeoisie traditionnelle aux bobos, et les banlieues qui concentrent les catégories populaires essentiellement issues de l’immigration et souvent précaires, bien que plus ou moins intégrées économiquement. Pour l’auteur « Mondialisées par l’économie, les métropoles favorisent un modèle multiculturel parfois communautariste …singulièrement éloigné du modèle égalitaire et républicain traditionnel ».
Les périphéries
Les périphéries, vaste ensemble sociologique, regroupent un peu plus de 34.000 communes (sur 36.000), soit 60% de la population française. Dans ces « communes isolées hors d’influence des pôles » selon leur nouvelle appellation, (en remplacement du terme espace rural) les trois quarts des habitants appartiennent aux catégories populaires. Cela correspond aux zones rurales mais aussi aux villes petites et moyennes- où se répartit la majorité des nouvelles classes populaires, ces espaces que C. Guilluy décrit comme oubliés, en marge de tout.
Les catégories populaires ont progressivement quitté ces métropoles, d’abord pour suivre le mouvement de délocalisation de l’industrie à l’écart des villes. Ce déplacement industriel s’est accompagné d’un remplacement assez généralisé des grandes unités de production par des petits sites : l’ouvrier quitte donc les grandes villes et les grandes unités pour intégrer des PME en zones rurales ou péri-urbaine, et il quitte la banlieue proche à cause du prix du logement qui s’élève rapidement avec la gentrification.
Mais les catégories populaires ont également fui les quartiers où elles tendaient à se sentir minoritaires ; ne souhaitant pas la cohabitation avec les populations immigrées, - que n’ont d’ailleurs jamais pratiquée les classes supérieures des centres - elles ont préféré s’éloigner au risque de se couper des zones d’emploi dynamiques, et de payer cet éloignement
notamment en temps de transport individuel et surtout en frais (un déplacement régulier en voiture pour travailler à 20km de chez soi coûte environ 250 €/mois soit ¼ du SMIG).
Ce sont ces territoires que la crise a frappés et déclassés de plein fouet. Une note de l’INSEE (Insee Première n° 1503 de juin 2014) montre que la crise a accentué les inégalités entre les métropoles et les territoires de la France périphériques. Les villes petites et moyennes ont enregistré une forte hausse du taux de chômage. C’est la France des plans sociaux : ces derniers depuis plusieurs années ne touchent plus les métropoles, mais touchent davantage les espaces ruraux, les petites et moyennes villes ; et ces plans sociaux ne touchent que les entreprises d’au moins 50 salariés. Or, en France sur 2.9 millions d’entreprises, 2.7 sont des micro entreprises (du commerce, des services ou de l’artisanat ), plus frappées par les licenciements secs, hors plan social.
3 - La traduction politique
C’est de ces zones périphériques, où les populations sont « piégées », condamnées à l’immobilisme par leur situation économique qu’émergent de nouveaux comportements politiques.
Les banlieues – « placées » sous haute surveillance par les classes dirigeantes – se sont certes révoltées en 2005, mais n’ont pas produit durablement de mouvement social dangereux pour le système. Les nouvelles radicalités émergent des territoires situés en marge, à l’écart des métropoles : mouvement des bonnets rouges (mouvement hétérogène qui réunit des catégories à priori opposées ouvriers et petits patrons) abstention et surtout vote FN. Les populations des zones périphériques s’affranchissant – par le bas- du discours dominant. Un nouveau clivage apparaît entre ceux qui bénéficient et/ou sont protégés par le modèle économique de la mondialisation avec la croissance des services, et ceux qui le subissent, sans faire l’objet de politique particulière d’accompagnement social.
Les cartes de vote montrent que « dans toutes les régions, le vote frontiste est sur-représenté autour des grandes métropoles, d’abord dans les espaces du « péri-urbain subi » et s’étend en direction des petites villes et zones rurales. » Ce vote, l’auteur l’explique par la fragilité sociale : les problèmes financiers sont structurels (difficulté à acquitter le paiement des traites de la maison, les nombreux déplacements, l’obligation de posséder deux voitures) et l’endettement voire le sur-endettement répandu. Quand le chômage frappe, le piège se referme sur ses populations dont les biens immobiliers se déprécient, leur interdisant toute nouvelle mobilité, les tenant donc à l’écart des zones susceptibles d’offrir de l’emploi. Il s’agit donc, pour la plus forte proportion de votes FN, des territoires suivants :
- Péri-urbain subi (ex Brignoles)
- Les territoires ruralo industriels
- Les villes qui entrent dans la politique de la ville, dont les critères de définition changent : jusqu’à présent chômage, grands ensembles de logements sociaux, familles mono-parentales , immigrés.. Maintenant, c’est une zone où plus de la moitié de la population vit avec moins de 1250 euros par an (liste de ces villes p. 62)
Or, ce sentiment d’une classe politique « hors sol » est d’autant plus fort qu’aujourd’hui plus aucun député n’est issu des catégories populaires ; pire, cette défiance gagne l’échelon municipal : Le Cevipof (Centre de recherche politique de Science Po) a montré que les maires des villes de 30 000 habitants issus des catégories ouvrier ou employé sont passés de 12.8% à 0.4 % en 2014. (Ce divorce avait été analysé par Terra Nova en 2012 ).
Il semble qu’il n’y ait pas de convergence possible entre « catégorie supérieure » et catégorie populaire sur des sujets comme mondialisation, libre échange. Quid de l’immigration, et du multiculturalisme ? Il y a un fossé entre ceux qui ont les moyens de poser une « frontière » avec l’autre et ceux qui ne l’ont pas. Dans ce contexte le discours moralisateur des classes supérieures est inopérant.
Exclus des projets économiques et sociaux, ces populations se sont « exclues des discours politiques traditionnels. » Le vote UMP/PS serait de plus en plus celui des protégés (retraités, fonctionnaires) ou bénéficiaires (catégories supérieures) de la mondialisation, « celui du FN celui des catégories qui sont depuis des décennies au front de la mondialisation (ouvriers, employés, chômeurs). La sociologie de l’électorat frontiste est bien une “sociologie de gauche” et qui se positionne aujourd’hui non pas seulement contre “le patronat” mais contre la mondialisation libérale et la société multiculturelle ». Selon C. Guilluy, « ce n’est pas le Front national qui est allé chercher les ouvriers, ce sont ces derniers qui ont utilisé le parti frontiste pour contester la mondialisation et s’inquiéter des flux migratoires. » Ce qui explique « l’évolution de Marine Le Pen qui adapte son discours à la nouvelle sociologie de ses électeurs. »
L’abstention, en effet, est la plus élevée dans les banlieues immédiates des grandes villes, dans le Nord et dans le Sud-Est.
4- Intervention d’Evelyne Perrin
Evelyne Perrin a conduit de 1984 à 2005 des recherches urbaines au PUCA, et elle souligne que nombre de travaux de recherche seraient à citer pour nuancer les analyses et conclusions de C. Guilluy. En particulier, elle recommande un ouvrage récent d’un économiste professeur au CNAM, Laurent DAVEZIES, « La crise qui vient. La nouvelle fracture territoriale » (Le Seuil, oct. 2012). Selon lui, nombre de territoires ruraux ou de petites villes, jadis bassins d’emploi industriel, ont perdu leurs usines et risquent de basculer rapidement dans une paupérisation et une désertification du fait de la crise des finances publiques et des politiques sociales. Cette nouvelle fragmentation entre territoires en perte d’emplois industriels et territoires métropolitains ou touristiques alimente la montée des populismes, dans cette nouvelle France en crise durable des années 2010-2020. Un autre ouvrage, d’un économiste porteur de réponse originale, Gabriel COLLETIS, « L’urgence industrielle » (Le Bord de l’Eau, 2012), enregistrant la longue érosion de l’industrie française, préconise la mise en œuvre de politiques offensives de réindustrialisation associant salariés, citoyens et élus territoriaux, afin d’éviter que des pans entiers du territoire national ne glissent sur la pente du déclin.
Sur l’expérience de terrain, Evelyne milite à Champigny sur Marne (ville populaire de 80 000 habitants comprenant 4 ZUS ou grands ensembles) et est en contact avec les classes populaires de cette banlieue du Val de Marne. Elle constate l’aggravation des discriminations et des difficultés d’accès à l’emploi aussi bien pour les jeunes français enfants de migrants que pour les immigrés récents de ces Zones Urbaines Sensibles. Au Bois L’Abbé, le taux de chômage est supérieur à 50 %, et ne tient pas compte des nombreux demandeurs d’emploi non inscrits à Pôle emploi.
Elle conteste l’analyse de C. Guilly selon laquelle "les banlieues bénéficieraient de la proximité des métropoles". Il faut en effet distinguer banlieue riche et banlieue populaire. Or selon les rapports de l’Observatoire des Zus aussi bien que selon les travaux des sociologues spécialisés sur ces banlieues populaires [2], ces dernières ont certes été peu à peu rattrapées par l’urbanisation et sont donc souvent bien desservies par les transports publics, mais malgré la politique de la ville, les gouvernements successifs les ont largement abandonnées. Elles connaissent pour les plus éloignées des cœurs de métropole, ou les plus ségrégées, une paupérisation croissante due à l’arrivée de migrants récents exploités car sans papiers, et au chômage tant des jeunes nés en France que de leurs parents, les premiers à avoir été licenciés lors des plans sociaux. Quant aux banlieues populaires les mieux desservies et les plus proches des centres métropolitains, elles connaissent un processus rapide de gentrification, de nouvelles couches moyennes ou supérieures venant s’installer et excluant les anciennes populations ouvrières et employées.
à cela s’ajoute, par temps de crise sociale et de chômage assumé, la stigmatisation des populations les plus en difficulté sur le plan économique et social. Les boucs émissaires d’aujourd’hui sont les Roms et les musulmans.
Le vote FN ou vote d’opposition et de protestation peut ainsi réunir des populations différentes. En banlieue populaire, ce seront les classes moyennes récemment arrivées avec la « gentrification », et les classes issues des immigrations antérieures, car elle rejettent les dirigeants politiques de droite comme de gauche considérés comme « hors sols », au même titre que les élites et les classes intellectuelles supérieures. En zone péri-urbaine éloignée, la paupérisation est aussi très sensible et amène au vote FN de protestation et de désespoir.
Que peuvent faire les militants d’Attac dans ce contexte ?
Expliquer que le FN n’est pas la solution ne sert à rien car ces populations sont dans le désespoir. Il faudrait être à leurs côtés le plus possible, en les aidant pour les diverses démarches administratives par exemple quand le RSA est coupé, ou dans leur recherche d’emploi ou le montage de leurs propres projets d’activité. C’est ainsi que la dignité et la confiance en soi reviennent. On peut aussi s’appuyer sur le fort potentiel de solidarité qui anime ces populations descendantes de migrations et restées liées au pays d’origine, et proposer des projets d’économie sociale et solidaire en lien avec l’Afrique ou le Maghreb, pour reprendre le pouvoir sur la consommation et sortir du capital.
Pour Evelyne Perrin, il ne faut pas perdre espoir. La dimension alternative et solidaire existe chez les jeunes des banlieues populaires, comme elle est en train de se développer à Notre-Dame-des-Landes ou ailleurs, où l’on constate une capacité d’analyse et de créativité exceptionnelle. Sur ces territoires, les militants aguerris et les nouveaux venus partagent leur expérience sans attendre les promesses des politiques qui ne viennent pas.
5- Résumé des interventions à la suite de l’exposé
À Beaucaire dans le Gard
Cette ville de 13 000 habitants est maintenant dirigée par un maire FN. Elle cumule de nombreux problèmes : 65% des personnes du centre ville sont au RSA, chômage à 19,8%, revenu moyen inférieur à 10000 €/an, présence de trafic de drogue. Le vote FN provient des quartiers populaires.
Le discours électoral était de « virer » les gens de l’immigration mais M. Sanchez, pilier du FN, ne peut le faire, il est critiqué pour son application des lois de la République.
Mr Sanchez nomme son ami au poste de Directeur de Cabinet, un procès lui est fait par des enseignants qu’il a qualifié de « racailles ». Actuellement 500 enfants sont sans activités péri-scolaires (frais assurés par les parents). Les comptes rendus de Conseils municipaux n’existent pas. Le journal « le midi libre » fait un bon travail d’informations sur ces sujets.
À Ivry en Val de de Marne : des risques d’exclusion de populations
Un phénomène de gentrification existe dans cette ville tout proche de Paris que des populations quittent à cause des loyers trop élevés. Des HLM anciens et insalubres, avec des loyers bas, sont rénovés ou reconstruits (50 % en accès à la propriété). Mais seulement 5% de la population des HLM anciens a les moyens de rester dans ces nouveaux habitats.
L’association « Ivry sans toit » lutte contre la gentrification et les projets d’aménagement urbain favorisant l’éviction des couches populaires, ainsi que contre les risques d’expulsion des occupants roumains roms du grand camp Truillot, terrain appartenant à l’Assistance Publique Hôpitaux de Paris. Ces occupants font actuellement l’objet d’un diagnostic social en vue de solutions de relogement et de réinsertion.
Le micro est donné au FN
Un habitant de Béziers nous indique que le discours de « France périphérique » n’est pas nouveau. Depuis plus de 10 ans, le Parti Ouvrier International de G. Chivardi parle de zones délaissées, d’anti-métropole mais les médias n’ont pas relayés ces messages alors que cela est le cas pour le FN.
Nos militants d’Attac ont des difficultés d’adapter le discours sur les services publics car le FN prétends maintenant défendre ses secteurs alors que nous le faisons depuis de nombreuses années.
L’enjeu des alternatives
Une dame de l’assistance fait un lien avec un documentaire récent sur la ville de Détroit qui a subi des chocs économiques graves et qui voit aujourd’hui des habitants créer des jardins partagés, se soigner sans dépendre des services traditionnels. A Ivry, un terrain est occupé pour planter des légumes. Selon elle, une des solutions pour développer l’économie et se la réapproprier serait de créer des monnaies locales car l’argent ne peut quitter un territoire déterminé et peut entraîner de fortes dynamiques, compatibles avec la préservation d el’environnement. Plutôt que de considérer tous les politiques comme des incapables ou « tous pourris », nous avons les moyens de lutter contre le vote FN en démontrant son double langage permanent, sans culpabiliser les personnes délaissées depuis longtemps. Un exemple de ce double langage : le FN prétend être pour la défense du secteur public avec un discours contre l’impôt...
Mais les hommes politiques ne doivent pas alimenter la xénophobie et le racisme. Lorsque le premier ministre de la France dit que les roms ne peuvent s’intégrer, il encourage la division et la haine de l’autre. La responsabilité du PS et de l’UMP est importante. Nous ne devons pas sous estimer la capacité du FN à vouloir prendre le pouvoir. Ce parti montre une forte habileté dans la reprise des thèmes de la gauche afin de récupérer les voix des mécontents (ainsi, la première réaction à la hausse de 3 centimes sur le gaz oil est venue du FN). Nous devrions étendre notre réflexion à toute la mouvance de l’extrême droite car il existe des ensembles plus vastes, des groupuscules divers qui se présentent sous des arguments trompeurs et avancent masqués (La communication par Internet permet l’émergence d’éditorialiste comme A. Soral). Divers mouvements et associations luttent contre la montée du FN, de Ras le Front à la LDH, en passant par les groupes anti-fascistes.
6- Conclusions
Que faire ? Quel rôle pour Attac mouvement d’éducation populaire ?
Le plus important nous paraît moins de dénoncer que de mettre en place partout au plus près du terrain des alternatives concrètes, porteuses de solidarité et de justice sociale, afin de reprendre en nos mains l’argumentaire du FN, mais en montrant l’exemple.
Il nous faut remettre ces « invisibles » au cœur du débat politique, en particulier adapter et nos discours et nos pratiques militantes afin de redonner la parole et du pouvoir aux exclus de la mondialisation et aux classes populaires qui se sentent légitimement abandonnées par l’élite au pouvoir.
Pour mémoire, bibiographie sommaire sur la question des fractures territoriales :
- Renaud Epstein sur les politiques urbaines et les banlieues
- Monique et Michel Pinçon-Charlot sur la place des riches et de la haute bourgeoisie dans l’espace urbain
- Marie Hélène Bacqué sur la sociologie urbaine et la diversité des banlieues
- Laurent Davezies, déjà cité, sur les fractures territoriales
- Alain Tarrius sur les nouvelles géographies de la mondialisation
- Yves Grafmeyer, sociologue de la diversité urbaine
- Jacques Donzelot, sur la ville à trois vitesses.
Rappel de la présentation de l'atelier
Introduction : à partir des travaux du géographe Christophe Guilluy (mais pas que) qui vient de publier l’ouvrage : La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires chez Flammarion « Jusqu’aux années 2000 tout allait bien, sorties des écrans radar des médias, les classes populaires n’existaient pas pour la classe politique »
Objectif dans une démarche d’éducation populaire, analyser certains aspects de l’évolution des clases populaires (vers une disparition des classes moyennes ?) afin d’essayer de comprendre le basculement vers le vote FN
Et entamer collectivement une réflexion, pour remettre ces « invisibles » au cœur du débat politique, en particulier comment adapter et nos discours et nos pratiques militantes.
1 – Présentation (rapide) des nouvelles fractures des territoires (remise en cause du modèle définit par l’INSEE espace urbain/périurbain/rural), et des moteurs de cette recomposition sociale des espaces.
Des métropoles, miroir des dynamiques économiques et sociales, qui génèrent près des 2/3 du PIB.
Des banlieues souffrant de difficultés mais intégrées et parties prenantes de l’économie mondiale, ce qui souvent n’est pas perçu.
Les périphéries - zone rurale et villes petites et moyennes - où se répartit la majorité des nouvelles classes populaires, ces espaces que Christophe Guilluy décrit comme oubliés, en marge de tout.
2 – C’est de ces zones périphériques, où les populations sont « piégées », condamnées à l’immobilisme par leur situation économique qu’émergent de nouveaux comportements politiques
Si les banlieues – « placées » sous haute surveillance par les classes dirigeantes n’ont produits aucun mouvement social dangereux pour le système
Les « difficultés » - bonnets rouges, nouvelles radicalités, …. émergent des territoires situés en marge, à l’écart des métropoles.
3 - La traduction politique : les populations des zones périphériques s’affranchissant – par le bas- du discours dominant. Un nouveau clivage apparaît entre ceux qui bénéficient et/ou sont protégés du modèle économique et sociétal et ceux qui le subissent. Le vote FN en est une manifestation. Ce qui explique que Marine le Pen adapte son discours à la nouvelle sociologie de ses électeurs, sociologie où les classes populaires sont sur représentées, donc sociologie de « gauche » qui explique l’abandon du discours libéral par les dirigeants frontistes pour défend l’État providence.
4 - Que faire ? Quel rôle pour Attac mouvement d’éducation populaire ?
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