Atelier 3 : « Lobby nucléaire & Lobby financier : le pouvoir de bloquer les réformes »
Jacqueline Balvet évoque le projet ASTRID dans le Gard (travail sur les réacteurs de quatrième génération, recherche) et la lutte à mener ; les luttes à Bure aussi contre le CIGEO d’enfouissement à 500 m.
Un Forum social mondial antinucléaire aura lieu à Paris du 2 au 4 novembre 2017 : (précède la prochaine CNCL et mord sur le samedi, c’est tout). Y est annoncé l’ex premier Ministre japonais qui a démissionné après Fukushima.
Bernard Laponche : état des lieux du nucléaire et de la force du lobby nucléaire en France.
Energie très internationale, qui a débuté aux USA dans les années 50, la technologie étant venue du nucléaire militaire vers une utilisation civile. Elle a été présentée comme « propre », « sûre » et « bon marché ». Or, ces trois mythes se sont écroulés :
Le nucléaire n’est pas sûr
Avec 3 accidents majeurs sur des sites de production d’électricité : Three Mile Island aux États-Unis (pas de cause extérieure, mais par chance, peu de fuite de radioactivité), Tchernobyl en Ukraine en 1986 (on a dit que c’était la faute aux technologies russes ou aux méthodes, alors que c’est faux), et Fukushima en 2011 (Tsunami) là, ça a sonné le glas de l’utilisation du nucléaire pour bcp de pays, mais pas la France.
Il y a eu des accidents graves également sur des sites de production du plutonium, avec de gros dégagements radioactifs, ainsi que des fuites dans les systèmes de stockage des déchets enfouis.
Le nucléaire n’est pas propre
Ce problème des déchets et de la pollution majeure qui en découle était connu depuis le début.
On en est à 300 000 tonnes de plutonium dans le monde (proportionnel à la production d’électricité).
La France a mis en avant son système de recyclage avec La Hague où on récupère le plutonium qui devient le combustible des surgénérateurs (MOX…)
[En réponse à une question] : Le MOX n’est pas une solution, même temporaire, car ces surgénérateurs produisent évidemment aussi des déchets nucléaires, le problème est seulement légèrement diminué, (on réutilise deux fois) et d’autre part, la technologie utilise du sodium liquide extrêmement dangereux qui s’enflamme à l’air et explose à l’eau. Ce n’est pas acceptable.
On connait le projet d’enfouissement de CIGEO à Bure et la lutte qui en découle…
Le nucléaire n’est pas bon marché
Les coûts se sont envolés :
- L’investissement : on le connaît plus ou moins (souvent, les aléas divers font que ça double ou triple par rapport au coût annoncé au départ), la construction des EPR futurs n’arrête pas d’annoncer des augmentations énormes de coûts et de durée des travaux.
- Le fonctionnement : ça augmente.
- La matière première : ça varie et on connaît le coût humain et les dégâts environnementaux de l’extractivisme (destruction des terres, pollution de l’eau, plus d’agriculture possible, dépendance des peuples à la multinationale extractrice…).
- Le démantèlement : coût énorme non pris en compte. [Réponse à des questions] On sait démanteler une centrale : techniquement c’est faisable, mais ça coûte un ou deux milliards et pas 500 millions d’euros, comme annoncé par EDF.
- La gestion des déchets sur des durées très très longues : énorme et totalement inconnu.
Le nucléaire est en déclin partout dans le monde (représente 10,8 % de la production d’électricité), sauf en France (65 %). Il en découle une crise à tous égards qui s’avère très dangereuse : crise technique (non respect des normes), crise de sûreté (accidents, conséquences sanitaires), crise financière (Areva a reçu 7 milliards de renflouement de l’État qui possède 85 % des parts) qui entraîne une crise sociale, avec pression permanente au moindre coût avec abus de sous-traitants, d’intérimaires. (Westinhouse est en quasi faillite, Toshiba abandonne ce secteur, EDF ne veut pas fermer ses vieilles centrales par souci de coût), l’Italie est sortie du nucléaire et l’Allemagne a programmé sa sortie.
En France, trois grands « monstres » le CEA, EDF et AREVA font pression. L’Autorité de sûreté nucléaire est gangrénée par des transfuges et soumise aux intérêts « majeurs » de ces trois grosses entités.
Dominique Plihon, les analogies entre le lobby nucléaire et le lobby financier.
Contrairement à l’idéologie dominante, ce sont les dirigeants de ces grands groupes qui bloquent « les réformes » nécessaires, pas les syndicats.
Trois analogies principales :
Le poids
Que ce soit les grandes banques ou le nucléaire, « fleurons de la France »
L’organisation
Les acteurs se regroupent pour constituer un poids critique énorme.
C’est le « Bloc hégémonique » décrit par Gramsci qui permet à ces lobbies de dominer le processus de décision contre l’avis de la majorité. 3 données :
Puissance idéologique : maîtrise de la presse, de l’information, de l’enseignement (grandes écoles pour formater les nouveaux) ; permet de présenter le nucléaire tout comme les grandes banques, comme incontournables. Ce qui est faux, voir le livre noir des banques, au contraire, les grandes banques sont des dangers publics et en France, il n’y a que ça, contrairement au reste du monde. L’idéologie s’appuie sur la théorie de l’efficience du marché : toute intervention des États viendrait troubler l’équilibre magnifique du Marché.,
Puissance économique : on parle d’un système oligopolistique : c’est la collusion entre quelques grands acteurs dominants : pour le nucléaire Areva, EDF, CEA pour le bancaire 4 monstres : BNP, Société Générale, BPCE et Crédit Agricole : La France est un cas extrème de concentration de ces pouvoirs. Ailleurs, il y a de très grandes banques, mais aussi des plus petites, très utiles. Ces mastodontes se prétendent solides, fiables parce que gros alors qu’en réalité c’est le contraire, ils sont fragiles, ce sont des acteurs systémiques : un seul d’entre eux fait faillite, tout s’écroule ; du coup, l’État les couvrent.
Puissance politique : les dirigeants des grandes entreprises se retrouvent alternativement aux postes clés de l’État, dans les hautes sphères politiques, à la tête des organes de régulation.
Ils viennent tous du Corps des mines pour le nucléaire et de l’Inspection Générale des Finances pour les banques ; ils sont passés les uns par Polytechnique, les autres par l’ENA.
Ils se connaissent tous, s’épaulent : c’est la porosité totale : Lauvergeon, Macron et tellement d’autres (allez voir le site pantoufles watch) ; ils organisent la régulation dans l’intérêt exclusif des grandes banques ou du nucléaire.
Idem au niveau européen : Dragui ancien de Goldmann Sachs devient Président de la BCE
Villeroy de Gallo Directeur cabinet de Strausskhan : n° 2 de BNP Paribas.
Pour le gouverneur de la Banque de France : 150 économistes ont protesté auprès d’Hollande contre le conflit d’intérêt. En vain. C’est un système établi, pas seulement des couacs. Dans chaque Ministère, dans chaque collectivité territoriale, on trouve un dirigeant technique issu du Corps des Mines et un dirigeant financier issu de l’IGF. Et il en sort 10 de chaque par an ; c’est peu, ils se connaissent.
Aux USA il y a le MIT et HARWARD, mais c’est plus large.
Le non-respect ou l’obstruction aux lois
La loi Moscovici qui devait réguler le secteur bancaire, séparer le secteur de détail et d’investissement du secteur spéculatif, s’est transformée en une loi répondant aux attentes du secteur bancaire. Le lobby nucléaire n’applique la loi environnement de Ségolène Royal et personne ne dit rien.
Discussion
- Petit échange sur l’assurance directe par l’État du secteur nucléaire contrairement au secteur bancaire. Mais si le secteur bancaire fait des profits privés, dès qu’il est en danger, l’État vient à son secours.
- Nécessité de contre-pouvoirs : au niveau information, et en proposant des alternatives.
- Soutien des luttes existantes : Bure, le Gard.
- Dénonciation du pantouflage et des conflits d’intérêt partout : quand on cherche, on trouve. Ce serait bien qu’Attac France propose une boite à outils pour aider chaque comité local dans ce domaine. Il y a des dizaines d’exemples de captation des autorités sensées réguler.
- Comment agir quand par exemple pour les mines d’Arlit en Algérie, c’est une ressource importante du budget du pays et les fermer aurait des conséquences sociales inacceptables pour les gens ? Du coup, ils développent l’idée qu’extraire l’Uranium ne change pas la radioactivité locale (faux, car à l’air libre, en poussière, on en absorbe plus, il se dépose, se respire : pas sous terre).
- Que penser de ITER (fission et fusion) ? On est très loin de la fusion, pour l’instant elle dépense bcp plus d’énergie qu’elle n’en crée. De la recherche, donc en soi, pas négatif, MAIS, très cher pour pas grand-chose : apparaît comme une dépense inutile alors qu’il faudrait investir dans les énergies renouvelables.
- Faire le lien avec les APE pour éviter que l’Afrique ne devienne pour le nucléaire aussi, la poubelle du monde riche.
- Une chose est sûre : on peut se passer du nucléaire. Il n’est finalement pas rentable ni financièrement, ni en terme de consommation/production d’énergie.
Rappel de la présentation de l'atelier
Atelier animé par Jacqueline Balvet (Attac Alès Cévennes )
Contexte
Les secteurs nucléaire et financier présentent en France de grandes similitudes : ce sont des secteurs-clés de l’économie, qui sont dominés par des grands groupes oligopolistiques, et dont les dirigeants ont des relations de connivence et d’influence avec le pouvoir politique, notamment parce qu’ils sont issus des grands corps de l’État (ingénieurs des mines et inspection générale des finances). Enfin, ces deux secteurs sont en crise et font peser d’importants risques sur l’économie et la société. D’où la nécessité de ruptures profondes. Or on ne peut que constater l’échec des réformes menées sous le quinquennat Hollande – loi sur la transition énergétique de 2015 et loi sur la régulation bancaire de 2013. En effet, ces réformes n’apportent pas les changements nécessaires dans ces deux secteurs, des ruptures profondes sont nécessaires : le retrait du nucléaire, d’un côté, et la séparation des banques de détail et des banques d’investissement, de l’autre côté.
Objectifs de l’atelier :
- Rappeler nos demandes concernant la nécessaires ruptures dans les deux secteurs du nucléaire et de la finance en France.
- Analyser les tentatives de réformes récentes dans ces deux secteurs et d’analyser les raisons pour lesquelles ces réformes on avorté, en montrant le rôle déterminant des lobbies qui exercent leur pouvoir au cœur-même de l’appareil d’État.
- Comparer la situation française avec celle d’autres pays européens.
- Débattre sur la stratégie à mettre en œuvre par le mouvement social et citoyen afin d’organiser un véritable « contre-pouvoir » afin de faire respecter l’intérêt général.
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