Atelier 4 : Les accords de coopération UE-ACP
Animation : par l’espace ALE, Jacques Berthelot
Compte-rendu de l’atelier
Résumé des échanges suite à la présentation de Jacques Berthelot sur les accords de partenariat économiques avec les Pays ACP (pays d’Afrique, Caraïbes et Pacifique).
Avant de débuter les échanges, Marie-Paule informe sur les accords de libre-échange passés entre l’UE et les pays africains dans le secteur de la pêche. En novembre dernier, le renouvellement de l’accord signé avec le Sénégal a été dénoncé par Greenpeace notamment. Proposition qu’Attac soit également vigilant sur ces accords.
Questions :
Robert : 2 problèmes soulevés.
1-Comment mobiliser les gens pour remettre en cause les accords de la PAC ? Quelles alliances sont possibles avec les syndicats ?
2-Comment mobiliser en Afrique ? Il y a relativement peu d’informations disponibles et les candidats à l’élection présidentielle ne se sont pas exprimés sur les APE.
Autres remarques de Robert :
La question du foncier en Afrique est complexe. Les affrontements entre Dogons et Peuls sont aussi un problème d’accès à la terre.
Difficulté de monter des coopératives en Afrique.
A noter, le mécanisme capitalistique qui se met en place avec la Chine qui achète des terrains.
Petit désaccord de Robert avec Jacques sur le CFA.
Réponse de Jacques
Il constate que les médias et les ONG européennes et notamment françaises se sont peu intéressé aux APE, même Attac.
Si la société civile africaine s’est peu mobilisée, c’est qu’elle a été peu associée aux négociations par les chefs d’État et qu’il y a peu d’information disponible sur le contenu des APE.
Concernant les affrontements entre Peuls et Dogons, outre le problème d’accès à la terre, il y a le problème de rentabilité de leur activité en raison des importations occidentales fortement subventionnées. Les agriculteurs et les éleveurs font actuellement peu le lien avec cela. Début de réflexion sur la poudre de lait importée.
Les produits animaux importés (viandes blanches) sont nourris avec des aliments fortement subventionnés. Si ce constat est peu fait en Afrique, il en est de même en France. Lors du webinaire organisé par le ministère de l’agriculture sur la Pac et l’appréciation des accords de libre-échange conclus par la France, Il a été peu admis, même parmi les ONG, que les exportations de viandes blanches bénéficient d’aliments du bétail subventionnés car ces producteurs n’ont pas les aides des producteurs de viande bovine ou de lait et que les aides à l’alimentation sont perçues par les producteurs de céréales. Les producteurs de viande blanche sont donc indirectement subventionnés car ils achètent leur fourrage moins cher puisque subventionné.
Il y a un gros travail d’information à faire auprès des médias et des ONG.
Concernant la réforme de la PAC, il n’y a que la plateforme « Pour une autre PAC » qui a mis dans ses objectifs le remboursement des aides européennes touchées par les exploitants avant d’exporter. Cette proposition a été acceptée du bout des lèvres par la Confédération paysanne -> difficile de la faire entendre aux agriculteurs du syndicat sans qu’il y ait de conséquences sur le nombre d’adhésions et donc la représentation du syndicat dans les instances agricoles.
Jacques propose un refondement de la PAC sur celle qui existait avant 1992 avec des prix agricoles rémunérateurs sans subventions ou uniquement pour les zones défavorisées. Proposition également que les aides directes découplées de 35 milliards/an soient redéployées vers les consommateurs défavorisés qui ne peuvent pas supporter des prix élevés.
Réforme à long terme qui ne va pas être facile à faire passer mais indispensable.
Marie-Paule souligne l’existence du collectif « Stop APE » au Sénégal qui est très actif.
Jacques et Marie-Paule font du lobbying au sein de l’espace ALE d’Attac pour que l’information soit diffusée.
Un ouvrage collectif sur les APE, le pillage des terres, le néocolonialisme etc., « Résistance africaine », va être publié prochainement. L’information sera diffusée au sein du groupe Afrique d’Attac.
Adresse mail de Jacques pour les gens qui veulent poursuivre les échanges : jacques.berthelot4@wanadoo.fr
Coordonnées pour les gens qui veulent rejoindre le groupe afrique :
fr_cc_gtafrique@list.attaAPE
c.org ainsi que l’adresse mail de Marie-Paule : mariepaulemj@orange.fr
Le groupe migration d’Attac est intéressé par un rapprochement avec le groupe Afrique.
Annexe à l’atelier 4
Présentation initiale de l’atelier
Alors que l’Accord de Cotonou, signé en juin 2000 entre les 79 États ACP (Afrique-Caraïbe-Pacifique) et l’UE expirait le 29 février 2020, il a été prolongé jusqu’à fin novembre 2021, la Commission européenne (CE) voulant établir des accords distincts avec les trois régions (ASS, 48 États), des Caraïbes et du Pacifique, et on se concentrera sur l’ASS regroupant 94% de la population des ACP. Si la population d’ASS doublerait de 1,1 Md en 2020 à 2,2 Md en 2050, celle de l’UE27 baisserait de 444 M à 427 M et celle de l’Afrique de l’Ouest (AO) la dépassera dès 2024, celle de France n’étant que de 67 M en 2050 (66 M en 2020). Les rapports géopolitiques en seront profondément modifiés. La domination néocoloniale de l’UE (dont de France) sur l’ASS doit cesser, d’autant qu’elle n’est pas étrangère au fait que, d’un PIB par tête de l’UE 7,8 fois supérieur à celui de l’ASS en 1966, il soit devenu 21,9 fois supérieur en 2019. Le programme analysera deux aspects commerciaux essentiels : l’impact des APE (Accords de partenariat économique) et la souveraineté alimentaire à promouvoir.
I – Les 12 mensonges sur lesquels ont été imposés les APE
– La signature des APE n’était pas une contrainte de l’OMC
– La CE a refusé de publier trois études d’impact de l’APE d’AO) aux conclusions négatives pour l’AO
– Le PAPED (programme d’appui aux APE) n’a pas apporté de fonds additionnels à l’AO mais l’APE lui fera perdre beaucoup de recettes douanières
– Les sauvegardes bilatérales et multilatérales profiteront bien plus à l’UE qu’aux pays ACP
– Les APE nient l’existence de subventions aux exportations agricoles de l’UE
– Les APE intérimaires (APEi) de Côte d’Ivoire et du Ghana depuis fin 2016 désintègrent la CEDEAO
– Le soutien de l’UE à la ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) torpille l’intégration des Communautés économiques régionales (dont la CEDEAO)
– L’étude d’impact de l’APE d’AO de mars 2016 est truffée de contre-vérités
– Elle anticipe une hausse totalement irréaliste des exportations de céréales et viande bovine d’AO
– Elle affirme que l’APE d’AO n’aurait pas d’impact négatif sur les produits agricoles d’AO
– Elle a caché à l’AO la forte érosion de ses préférences commerciales due à ses autres ALE
– L’UE se tire une balle dans le pied et pousse les jeunes à risquer leur vie pour atteindre l’UE
II – La nécessaire promotion de la souveraineté alimentaire de l’ASS
L’ASS a un déficit alimentaire depuis 2005 avec maximum de 14 Md$ en 2012, tombé à 5 Md$ en 2019 mais, sans café-cacao-thé-épices, déficit de 65 Md$ en 2019, dont de 9 Md$ en AO.
La SA reposera sur 5 piliers :
1) Réforme radicale du foncier agricole : la terre fait partie des « communs » et la sécurité à long terme découlera de droits d’usage transmissibles des familles dans les communautés villageoises
2) Prix agricoles stables et rémunérateurs par prélèvements variables à l’importation
3) Promotion de systèmes de production agroécologiques
4) Compensation des hausses de prix agricoles par aide alimentaire interne massive en produits vivriers locaux aux consommateurs pauvres, selon le modèle de l’Inde et des USA, soit environ 42 Mt/an (60 kg/hb/an) pour 65% de la population, à obtenir auprès de magasins agréés avec coupons d’achat ou par carte bancaire. Pour environ 15 Md$/an, à financer par des prêts à très long terme à très bas taux de l’AID, filiale de la BM.
5) Changement des habitudes alimentaires en recentrant la consommation sur les produits tropicaux – céréales (mil, sorgho, maïs, fonio), tubercules (manioc, igname, taros), plantains – marginalisés par l’importation de blé subventionné bien moins cher. Les importations en hausse de 5,9%/an de 2000 à 2019 passeraient de 18,5 Mt à 130 Mt en 2050, impossibles à financer car le prix mondial va fortement augmenter puisque les rendements des exportateurs plafonnent depuis 15 ans et baisseront dans l’UE (moins de produits chimiques et pesticides). Si les pays arabes et d’Asie occidentale avec encore du pétrole et du gaz pourront y faire face, l’ASS ne le pourra pas et c’est tant mieux pour permettre de créer les plus de 10 millions d’emplois supplémentaires chaque année pour les jeunes arrivant sur le marché du travail avec peu de débouchés dans l’industrie.
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